2- Fascination des individus pour la mafia

La mafia, terrorise, tue, racket. Cependant le plus étonnant, c'est la fascination du bas peuple et des enfants pour cette mafia, qui semble le piédestal pour une vie autre, une sortie de cet enfer urbain fait de pauvreté, voir de misère, mais qui est en réalité un contrat passé avec le diable. Fascination des armes à feu, de la justice expéditive et de la loi du silence, occupation de l'espace là où le gouvernement italien et la police sont impuissants. Véritable gangrène omniprésente, la mafia siphonne tous les secteurs d'activités, et ressemble bien à cette pieuvre tentaculaire à laquelle il semble illusoire de vouloir échapper.

Alors pourquoi une telle fascination pour la mafia ?

La littérature y est pour quelque chose. À la simple évocation du terme “mafia” l’imaginaire occidental s’emballe : Al Capone, Lucky Luciano, Don Corleone, Tony Montana… Tous ces noms se bousculent sans que nous ne sachions plus s’ils appartiennent à la fiction ou à la réalité. Qu’ils aient été de réels mafieux ou inspirés de personnages réels, le cinéma les a tous mythifiés. Le système mafieux a toujours suscité une attirance ambivalente, entre fascination pour ces hommes qui défient l’ordre social et répulsion pour leurs crimes crapuleux. Qui ne connaît pas le film Scarface, véritable symbole pour les jeunes ? Ou encore le film Le parrain ?
Ou la série, The Sopranos, qui met en scène les difficultés que rencontre le mafieux Tony Soprano à concilier les intérêts de sa famille et ceux de l'organisation criminelle qu'il dirige. Cette série présente le mafieux sous la forme d’un héros.

Il serait hypocrite d’écrire que le succès de Gomorra est totalement étranger à cette attraction ambiguë. Roberto Saviano, son auteur, avoue lui-même que la Camorra exerçait sur lui une certaine fascination, qu’il lui a donc fallu « affronter le mythe en le déconstruisant ».

En effet, Gomorra illustre bien la fascination des jeunes pour la mafia à travers certains personnages comme Toto ( voir photo en bas à gauche ). A 13 ans, il n'a qu'une idée en tête : grandir le plus vite possible, et faire ses preuves devant les caïds. A l'école de la vie de la Camorra, il se retrouve très vite entraîné dans le cycle infernal de la guerre des clans : " Tous ceux que je connais sont soit mort, soit en prison. Moi je veux devenir un parrain, je veux avoir des centres commerciaux, des boutiques et des usines, je veux avoir des femmes. Je veux trois voitures. Je veux que les gens me respectent quand je rentre quelque part, je veux des magasins dans le monde entier. Et puis je veux mourir. Mais comme meurt les vrais. Ceux qui commandent pour de bon. Je veux mourir assassiné."

 Marco et Ciro (sur l'image à droite), eux se prennent pour Scarface : ils sont les deux têtes brûlées, anarchistes, qui refusent d'entrer dans l'armée de la Camorra. De quoi agacer les véritables mafieux. Dans l’une des premières scènes du film, les deux jeunes garçons, qui vont défier le système, rejouent une scène de Scarface. Cette scène a été tournée dans la maison, aujourd’hui abandonnée, d’un boss de la camorra arrêté il y a quelques années. " Rien ne différencie réellement les spectateurs de cinéma en terre de Camorra et ailleurs. Partout, les références cinématographiques ont valeur de mythologie dont on s'inspire. Si partout on peut aimer Scarface et se sentir au font de soi comme son personnage, ici on peut être Scarface. Mais on doit l'être jusqu'au bout."

La fascination pour le crime organisé est réel : récemment, le site de socialisation Facebook a fait scandale en Italie, après la divulgation de nombreux groupes faisant l'apologie de mafieux célèbres. On peut ainsi lire sur la page de plusieurs groupes (dont celui-ci, « Toto Riina, un homme incompris ») que l'ancien chef de la Cosa Nostra, Toto Riina, qui affiche un casier judiciaire bien rempli (quinze condamnations à perpétuité), est un homme d’honneur et que s’il avait été libre, il aurait empêché la crise. Le quotidien Le Monde fait remarquer, non sans humour, que ses successeurs doivent se contenter d'une petite centaine de fans sur Facebook... De quoi renforcer le mythe de la Cosa Nostra, qui dispose d'un fort pouvoir d'attraction chez les jeunes.

 Facebook, Internet, le cinéma serraient-ils de nouveaux terrains de chasse de la Mafia ?

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site